Rechercher


Ce qui naît avec moi - Pablo Neruda

25/05/2013 07:00

 

"Je chante l'herbe qui naît avec moi
en cet instant libre, je chante les ferments
du fromage, du vinaigre, de la floraison
secrète de la première semence,
je chante le chant du lait qui tombe maintenant
de blancheur en blancheur jusqu'aux mamelles,

 

Je chante les croissances de l'étable,
le fumier frais des grandes vaches
et son parfum d'où s'envolent des foules
d'ailes bleues, je parle
sans transition de ce qui maintenant arrive
au bourdon avec son miel, au lichen
avec ses germinations silencieuses :
comme un tambour éternel
roulent les successions, le passage
d'un être à l'autre, et moi je nais, je nais, je nais
avec ce qui est là naissant, je suis uni
à la croissance, aux sourds abords
de tout ce qui m'entoure et qui pullule et se propage en humidités denses
en étamines, en tigres et en gelées.

 

Je fais partie de la fécondité et grandirai
tandis que grandissent les vies :
je suis jeune avec la jeunesse de l'eau,
je suis lent avec la lenteur du temps,
je suis pur avec la pureté de l'air,
sombre aec le vin de la nuit;
je ne me figerai qu'une fois devenu
ce minerai qui ne peut plus voir ni entendre,
ni contribuer à ce qui naît et qui grandit.

 

Lorsque j'ai choisi la forêt
pour apprendre à exister, feuille à feuille,
j'ai étendu mes leçons
et appris à être racine, boue profonde,
terre muette, nuit cristalline,
et un peu plus chaque fois, toute la forêt".

 

(Pablo Neruda)

 

 

Peinture "Douce soirée de septembre" de Claude Carvin.