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Monde : Lutte pour l'abolition des corridas

05/11/2013 07:00

 

Corridas : le droit des animaux d'abord !

 

"Vous pouvez mouliner la question en tous sens, essayer de justifier l’aficionado par la culture ou par l’histoire, prétendre qu’il y a de l’art, voire de la morale ou de la métaphysique dans la torture d’un animal ; vous pouvez arguer que la tauromachie enseigne la vie et la mort aux enfants, ou invoquer les civilisations méditerranéennes qui « jouent » avec le taureau depuis l’âge du Bronze ; vous pouvez convoquer à la barre des témoins aussi prestigieux qu’Hemingway ou Picasso ; vous pouvez vous démener dans l’exercice de la justification : vous n’empêcherez pas l’observateur doté du simple bon sens cartésien d’affirmer haut et fort que la corrida est une horreur ; un supplice ; une barbarie ; une indignité ; la manifestation (fût-elle régie par des « règles ») du sadisme humain le plus basique et le plus sanguinaire, c’est-à-dire le plus lamentable.

 

Pour prouver qu’ils affectionnent un spectacle imprégné de « splendeur », de « noblesse » ou de « grandeur d’âme », les aficionados déploient des trésors de rhétorique. Il n’est que trop facile de caractériser l’absurdité de leurs arguments. Je plains ceux qui aiment l’« art » de tuer des vaches mâles en musique (« Olé ! »), en étant applaudi par des rangées de spectateurs rugissants de jouissance à la vue d’un mammifère en train de vomir le sang par la bouche et les naseaux, avant de s’agenouiller devant un tueur (un matador) armé d’une épée, et les organes sexuels coincés dans un « habit de lumière » plus clinquant qu’une salle de bandits manchots à Las Vegas ! Il suffit, pour détruire les raisonnements bancals et tendancieux de ceux qui aiment les banderilles et la muleta, d’utiliser un vieux truc de pamphlétaire, en remplaçant chaque occurrence du mot « corrida » par «  jeu du cirque », et chaque mention du substantif « taureau » par celui de « gladiateur ».

 

La souffrance, le sang, la torture et l’agonie d’un être vivant qu’on force à être « brave » pour avoir l’honneur de se faire (post mortem) couper les oreilles et la queue (sans oublier les couilles) par un fier-à-bras en chaussons de danseuse et la tête surmontée d’un chapeau ridicule, ne méritent aucune indulgence… La mort programmée d’un esclave pour le plaisir pervers d’une foule hystérique, ne saurait admettre quelque justification artistique ou culturelle que ce soit. Reste que la corrida, désormais interdite en Catalogne, continue de rapporter beaucoup d’argent à ses organisateurs, non seulement en Espagne et dans certains pays d’Amérique latine, mais en France. En France où, au nom d’une « tradition » qui remonte à l’année dernière, les férias et les « courses » se multiplient…

 

La tauromachie rémunère d’efficaces lobbyistes. Elle a été récemment inscrite par l’UNESCO au patrimoine immatériel de la France ! Au même titre que la tarte Tatin, la tapisserie d’Aubusson et les parfums de Grasse… Avant l’Espagne ou le Mexique, la France a été le premier pays du monde à élever l’art de la torture animale à un rang prestigieux ! C’est à peu près comme si l’on avait conféré le même honneur à l’ingénieuse, efficace et très humaniste invention du docteur Guillotin ! Comment faire cesser la honte des « arènes sanglantes » ? Comment combattre l’organisation de ces spectacles vulgaires et dégradants ? Nombre de militants s’y engagent. Ils déploient des banderoles. Ils affrontent, y compris physiquement et à mains nues, d’authentiques « beaufs » amateurs de « noble art », dont  la plupart votent Le Pen et utilisent les mêmes « gros bras » que le Front national pour chasser l’« écolo » et l’« anarchiste » (en d’autres occasions, le partisan du mariage pour tous). J’apporte mon soutien chaleureux à ces citoyennes et citoyens courageux, dont je connais quelques figures, que j’ai plus d’une fois rejoints dans des manifs, et qui se regroupent au sein de la FLAC (la Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas) et du CRAC (le Comité Radicalement Anti-Corrida).

 

Soutenir le combat de ces amis de la vie est indispensable – et urgent. Mais il faut aller plus loin. En finir une fois pour toutes avec les corridas… Celles-ci offrent aux enfants des spectacles ignobles, qu’aucune raison esthétique, et encore moins éducative, ne saurait justifier. Votons dès aujourd’hui une loi (européenne ?) qui prohiberait l’accès des mineurs aux arènes. Et continuons le combat ! Militons pour aboutir, le plus tôt possible, à l’interdiction définitive de la corrida, non seulement pour les enfants, mais pour les adultes ; non seulement en France et en Espagne, mais dans le monde entier ! Nombre de penseurs (philosophes, scientifiques, juristes, moralistes, autorités spirituelles ou religieuses…) viennent, ces jours derniers, de proposer qu’enfin la communauté humaine reconnaisse officiellement des droits aux animaux. Profitons de l’ouverture…

 

Les animaux ne sont ni des objets, ni des marchandises, ni des « choses nulles » sans existence autre que le bon vouloir de leurs propriétaires. Nous autres, Homo sapiens, grands singes dominants sur la planète, devons désormais leur garantir une vie normalement paisible et dépourvue de traitements douloureux ou dégradants. Nous devons asseoir ce droit sur un corpus de lois nationales et internationales. Si nous y parvenons dans les prochaines années, nous aurons enfin reconnu que les bovins, comme les autres espèces zoologiques, appartiennent à la communauté des organismes sensibles, plus ou moins intelligents et conscients d’eux-mêmes, mais tous dignes de respect. Si nous en arrivons là, nous aurons du même coup proclamé que leur torture ritualisée et leur mise à mort abominable sur le sable rougissant des arènes, s’appelle tout simplement un crime."

 

 

Texte : http://www.yves-paccalet.fr/ - Illustration : http://lassiettevegetarienne.wordpress.com/ - Plus d'infos : http://www.flac-anticorrida.org/