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Immigration : Combattre les idées reçues !

20/06/2013 07:00

 

"L'immigration a construit au fil du temps des représentations réciproques, voire des préjugés qui ont des effets sur l'intégration. Les français n'ont pas le même regard sur l'immigré selon son pays ou sa culture d'origine. On peut regrouper ces idées reçues autour de cinq thèmes : Sommaire La France serait un “pays (...) Le taux de fécondité de la (...) Indénombrable, l'immigration La statistique publique (...) Accueillir l'immigration, (...) La France serait un “pays d'immigration massive”. La France est certes un vieux pays d'immigration mais il y a déjà vingt-cinq ans qu'elle n'est plus un pays d'immigration massive. Elle est devenue au contraire le pays d'Europe où la croissance démographique dépend le moins de l'immigration : pour un quart à un cinquième seulement. Chaque année, la France compte 200 000 naissances de plus que de décès, alors que le solde migratoire (la différence entre les entrées et les sorties de migrants) est estimé aux alentours de 65 000 personnes. Même en admettant l'hypothèse d'un doublement du solde migratoire, l'apport migratoire ne représenterait encore que 40 % de notre croissance, ce qui laisserait la France dans les derniers pays d'Europe pour l'importance relative del'immigration.

 

Ce constat a beau figurer chaque année au bilan démographique de l'Insee, à celui d'Eurostat, il reste largement méconnu. C'est l'image contraire qui prévaut : celle d'une France en déclin démographique, prise d'assaut par une vague montante d'immigration. A quoi tient une telle méconnaissance ? D'abord au fait que des concentrations locales peuvent aboutir à des proportions de population immigrée extrêmement élevées dans certaines communes ou parties de communes. Ensuite et surtout, au fait que l'on confond la situation actuelle et les conséquences de la situation passée. La France a bel et bien été un pays de forte immigration après la Première Guerre mondiale (le solde migratoire représentait alors les deux tiers de la croissance démographique) ainsi que des années soixante au milieu des années soixante-dix (où sa contribution atteignait encore 40 %. Sur la longue durée, les historiens ont souligné à juste titre l'apport des migrations au développement de la société, particulièrement visible en milieu ouvrier ainsi que dans l'intelligentsia. Cet apport est plus ancien et plus soutenu que dans les autres pays européens. La France a de sérieux problème à résoudre, que ce soit dans le système éducatif ou le marché du travail, concernant les enfants issus des grandes vagues migratoires ouvrières des années 1950-1974, parvenus à l'âge actif en temps de crise économique. Cette question majeure nourrit aujourd'hui le débat public. Il ne faut pas la confondre avec celle du flux actuel des immigrants, qui reste, malgré toutes les majorations qu'on voudra, très en deçà des niveaux atteints il y a trente ans et sans commune mesure avec les niveaux atteints aujourd'hui en Allemagne et en Europe du Sud.

 

En rappelant ainsi les ordres de grandeur du phénomène, on ne nie pas la demande migratoire exercée aux frontières. Cette demande existe, en particulier au travers de la procédure de demande d'asile, mais elle ne peut aucunement être assimilée à “une invasion”, elle correspond pour l'essentiel à un mouvement régulier en provenance de nos anciennes colonies d'Afrique et d'Asie, où les étudiants sont de plus en plus nombreux. Rien à voir avec les migrations massives que l'Allemagne a accueillies en provenance de l'ex-Union soviétique et de l'ex-Yougoslavie. Rien à voir non plus avec les migrations de main-d'oeuvre qui affluent dans les pays de l'Europe méditerranéenne en pleine croissance.

Le taux de fécondité de la France serait largement dû aux familles immigrées. Une façon de nier ces constats consiste à dire que l'excédent, observable en France, des naissances sur les décès, de très loin le plus important d'Europe, serait largement dû aux naissances des enfants d'immigrés. De façon logique, en effet, l'Insee ne compte pas comme immigrés les enfants d'immigrés qui naissent sur le sol français : ils n'ont franchi aucune frontière. Du coup, l'enfant né en France d'un couple d'immigrés figure au solde naturel et non au solde migratoire. Cela fausserait-il notre bilan démographique par rapport à celui de nos voisins ? C'est oublier que le problème se pose à l'identique dans tous les pays d'Europe : les démographes français suivent là une norme universelle. Peut-on néanmoins en évaluer la contribution récente de l'immigration à la fécondité de la France ? Le calcul vient d'être actualisé pour la décennie 1990 grâce à l'enquête “Étude de l'histoire familiale” associée au recensement de 1999.

 

Il apparaît que l'écart entre la fécondité des immigrées et celle des françaises natives est très inférieure aux chiffres qui circulent. Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d'enfants par femme était de 1,72 en France métropolitaine pour l'ensemble des femmes, et de 1,65 pour les seules françaises natives. Les immigrées, qui représentent seulement le douzième des femmes en âge d'avoir des enfants, sont trop peu nombreuses pour pouvoir relever sérieusement le taux de fécondité général du pays (de 1,65 à 1,72, il n'y a jamais que 0,07 enfants). On peut estimer qu'elles avaient en moyenne 2,2 enfants dont 0,6 né avant leur arrivée en France et 1,6 né en France. Ce résultat n'a rien de surprenant quand on sait à quelle vitesse la fécondité a chuté en_Europe du sud et, plus encore, au Maghreb (plus de 7 enfants par femme vers 1970, près de 2,5 aujourd'hui), baisse qui devient également sensible dans les capitales de l'Afrique subsaharienne. Indénombrable, l'immigration irrégulière serait "innonbrable".

 

Ce n'est pas parce que l'immigration irrégulière est en toute rigueur difficile à recenser, qu'elle est nécessairement innombrable. Les opérations de régularisation effectuées périodiquement dans les pays européens donnent en fait une idée de son ordre de grandeur car le simple bruit d'une régularisation mobilise rapidement les intéressés. En réalité, on surestime toujours le nombre des sans-papiers. La France a régularisé en 1982 quelque 132 000 immigrés et satisfait en 1997-1998 environ 90 000 demandes sur 130 000 (une fois décomptées les demandes déposées en double). L'erreur à ne pas faire serait de faire le cumul des données. Dans ce cas, en effet, il s'est avéré que les durées de séjour des migrants non déclarés s'étalaient sur une dizaine d'années, ce qui conduit à les répartir sur le solde migratoire des dix années précédentes, soit un supplément annuel de 13 000 migrants. Comparé au solde provisoire estimé par l'Insee (50 000 en année moyenne), c'est une révision à la hausse de 26 %. Correctif important, sans doute, que l'on peut encore majorer par acquit de conscience, mais qui ne bouleverse pas les ordres de grandeur de l'immigration, laquelle reste régulière dans sa grande majorité. On est loin des opérations de régularisation de très grande envergure qu'ont dû mener l'Espagne, l'Italie et la Grèce ces cinq dernières années, avec des effectifs de demandeurs qui ont parfois excédé le demi million.

 

Une autre voie d'approche consiste à concentrer les analyses sur les terrains privilégiés du travail non déclaré, principal soutien économique de l'immigration irrégulière. Comme le rappelle une section du rapport Weil de 1997, ce type d'activité se concentre à plus de 90 % dans le BTP, le tourisme, le travail agricole, la confection et le service domestique. Les investigations menées dans ces secteurs montrent que l'immigration irrégulière y côtoie une main-d'oeuvre au noir nationale encore plus nombreuse, ce qui limite le nombre maximum d'immigrés impliqués. Une partie de cette irrégularité est engendrée par la réglementation du travail saisonnier et temporaire, dont la déclaration est lourde pour l'employeur et peu intéressante pour l'employé. Certes le nombre de migrants illégaux, présents sur le territoire n'est pas connu avec précision, il ne peut y avoir que des estimations. Si en 1995 puis en 1999 les chiffres de 400 000 “migrants illégaux” ont été publiés par le ministère de l'intérieur, constatons qu'en 2004 le gouvernement à estimé cette présence entre 200 000 et 400 000 personnes. La statistique publique serait impuissante à comptabiliser correctement les immigrés. La mesure des “flux migratoires” est un art difficile : si les entrées sont enregistrée par les organismes officiels, les retours ne sont guère observables. Mais la cohérence des équations démographiques permet en partie de combler ces lacunes.

 

Il est toujours possible de relever des incohérences comptables quand on descend dans le détail, mais les démographes n'imaginent pas que leur rôle soit de forcer la réalité à produire des données parfaites. Mieux vaut chercher à comprendre la source sociale des biais que de vouloir les abolir. On sait, par exemple, grâce à une enquête longitudinale de l'Insee, qu'une fraction croissante des personnes âgées ayant migré en France dans leur jeune âge tendent avec le temps à se déclarer rétrospectivement “françaises de naissance” au lieu de continuer à dire qu'elles ont acquis la nationalité. Avec le temps, elles ne se sentent plus immigrées. Il serait absurde de dénoncer là une “fausse déclaration” et de sommer l'Insee d'y mettre bon ordre : c'est à l'évidence un signe d'intégration accomplie. Il en est de même pour les familles qui ne savent plus si leurs enfants nés en France sont français de naissance ou s'ils le deviennent à l'âge de 13 ans, 16 ans ou 18 ans ( Loi Guigou...). Certaines familles déclarent ainsi au recensement une nationalité qui reste encore à venir. Nous ne voulons pas que le recensement de la population soit détourné et serve à une vaste opération de reprise en main qui obligerait les immigrés à se faire enregistrer pour avoir droit aux services sociaux, Ce serait une remise en cause frontale du régime d'encadrement statistique de la population française. On le dit trop peu : ce régime est le plus représentatif d'Europe avec celui de la Grande-Bretagne. Nous ne sommes pas tenus de déclarer en mairie nos changements de résidence sur des registres de population, alors que cette obligation est générale chez nos voisins et conditionne souvent l'accès à l'école et à la protection sociale. Si ces registres sont informatisés et centralisés (comme cela se fait en Belgique et dans les pays nordiques), ils permettent de suivre à la trace tous les foyers, immigrés compris.

 

Mais on ne peut oublier les leçons du passé : la seule période de notre histoire où la déclaration du changement de résidence a été rendue obligatoire est le régime de Vichy, qui s'en est servi notamment pour organiser la rafle du Vél d'Hiv en juillet 1942. Ce système a été aboli à la Libération. Aucun organisme statistique n'en demande aujourd'hui le rétablissement. Accueillir l'immigration, c'est accueillir la “misère du monde”. Adam Smith (le penseur du libéralisme) remerciait les pauvres de se déplacer spontanément vers les zones riches pour égaliser les salaires d'une zone à l'autre. Tout en esquissant ce modèle de type “gravitationnel”, début d'une longue série, il reconnaissait que “l'homme est de tous les bagages le plus difficile à déplacer”. Nombre de chercheurs l'ont souligné : les hommes émigrent beaucoup moins que ne le prédisent les modèles économiques ou démographiques. Attaché à ses proches, à sa langue, à son pays, à un facteur humain peu transférable faute d'être suffisamment standardisé, l'homme a mille raisons de ne pas migrer. De fait, à l'échelle de la planète, une personne sur quarante seulement est installée à l'étranger (2,5 %), souvent du fait d'un conflit local et de préférence dans un pays limitrophe. Quand on évoque la “misère du monde”, on songe à l'immigration en provenance des pays du Sud, les plus pauvres de la planète. Mais où les migrants se situent-ils au juste sur l'échelle sociale de leur société d'origine ? Rarement au plus bas, et souvent au-dessus de la moyenne. Le cas du Portugal est révélateur : l'émigration des années soixante et soixante-dix a été davantage le fait des petits propriétaires du Nord que des journaliers agricoles de l'Algarve, pourtant plus pauvres. Même chose en Espagne. Une étude ancienne menée dans des villages de montagne du sud de l'Andalousie éclaire le phénomène : elle avait consisté à recenser la totalité des départs depuis huit ans, pour toutes les destinations possibles. Il en ressort un système migratoire fortement hiérarchisé, où les chances de migrer à longue distance progressent avec le niveau de qualification, même si ce dernier reste encore modeste par rapport au niveau moyen de formation des pays d'accueil. Les plus pauvres (ouvriers agricoles, illettrés, chargés de famille, relativement âgés) se faisaient ouvriers ou maçons dans les provinces limitrophes. Les jeunes alphabétisés se reportaient sur les barrages ou les usines du nord de l'Espagne. Seuls les mieux dotés (plutôt jeunes, avec des études primaires et quelques économies) pouvaient se permettre une installation en France, en Allemagne ou en Suisse.

 

De telles études restent rares. La seule enquête d'envergure récente qui ait porté à la fois sur des pays de départ et des pays de destination est l'enquête commandée par Eurostat au Nidi (institut de démographie néerlandais). Elle montre que les migrants sont plus instruits que les non-migrants dans le cas de la Turquie, de l'Égypte et du Ghana, alors que c'est l'inverse au Maroc. Mais les données socio-économiques des pays du Sud restent lacunaires : les économistes du travail qui cherchent à estimer l'effet des migrations sur la distribution du du travail qualifié et des revenus aux zones de départ et aux zones d'arrivée (le double impact de l'exode des cerveaux) ont du mal à trouver des données fiables. Dans l'ensemble, néanmoins, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d'origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d'un minimum de ressources pour payer le voyage et les frais d'installation - la mise en place de filières permettant seulement d'alléger le coût de la migration. Plus que la misère du monde, c'est la misère des États qu'il faudrait évoquer comme ressort majeur de la migration. Sans parler des situations de guerre civile et de persécution qui suscitent des flots de réfugiés, nombreux sont les pays trop démunis pour garantir un minimum de sécurité aux projets individuels (administration désorganisée, système politique instable, infrastructures insuffisantes). S'ils disposent d'un minimum de ressources, ceux qui veulent améliorer leur sort vont chercher ailleurs les garanties nécessaires à leurs projets, ce qui rend parfois difficile la distinction entre migration économique et migration politique. On a encore peu étudié ce lien entre gouvernance et émigration. Cette façon de protester avec ses pieds est la pointe extrême d'une critique qui prend la forme d'un rêve d'émigration souvent indéfini. L'enquête du Nidi montre que si les habitants des pays d'origine sont nombreux à caresser l'idée d'émigrer vers le Nord (les proportions varient de 20 % à 40 % selon les pays), bien peu envisagent de le faire dans les deux ans (moins de 5 %) et seule une infime minorité a réellement entamé des préparatifs. Non, l'immigration n'est pas massive, elle n'est pas majoritairement clandestine, elle n'est ni prolifique ni misérable, et pas davantage insaisissable. Elle reste encore largement à découvrir.

 

Il serait illusoire de taire les craintes d'une part importante de nos concitoyens face à la montée du chômage, de la délinquance et des dérives communautaristes, mais il serait utile de montrer l'influence des idées et mouvements xénophobes qui l'a conduite à en attribuer une grande part des responsabilités à la seule immigration. Ces mouvements ont su alimenter et exploiter ces craintes, et par l'amalgame entre insécurité, délinquance, chômage et immigration, certains cherchent à faire oublier les enseignements de l'Histoire à ce sujet. Force est de constater qu'ils y ont réussi au moins partiellement puisqu'une partie de l'opinion publique associe souvent immigration, insécurité et délinquance. Pourtant, la Commission européenne, dans un rapport du 14 mars 2003, a conclu, d'après une étude faisant la synthèse de dix-sept projets de recherche, qu'“il n'y a aucun rapport de cause à effet entre immigration, criminalité et chômage”. Cette conclusion n'est pas vraiment une surprise dans la mesure où, de même que les problèmes de chômage ou de travail illégal, les problèmes d'insécurité et de délinquance concernent l'ensemble de la société et dépassent très largement le cadre de l'immigration. Il en est de même des réseaux criminels qui se sont développés dans le monde entier, exploitant la détresse d'hommes et de femmes que la misère ou les conflits armés chassent de leurs pays. Ils ne doivent être ni ignorés, ni tolérés, encore moins entretenus, mais fermement combattus. Les grands déséquilibres politiques et économiques planétaires dus au libéralisme le plus dogmatique s'accompagnent d'une criminalité exploitant le marché de la drogue, celui de la prostitution et les formes contemporaines de l'esclavage. Cette criminalité a créé des réseaux qui représentent une grave menace politique mais aussi éthique et économique pour les équilibres du monde futur et pour la démocratie. Ils doivent être recherchés, poursuivis, mis hors d'état de nuire. Cette politique doit être renforcée sur notre territoire et dans le cadre des nécessaires coopérations européennes et internationales.

 

Il faut le dire et le répéter : l'immigration est une chance fantastique pour le pays d'accueil. C'est la preuve qu'il fait encore rêver, qu'il peut séduire. On ne choisit pas un pays dans lequel on ne voudrait pas vivre. On ne choisit pas non plus un pays dont on ne veut pas apprendre la langue, dont on n'aime pas l'histoire, les moeurs ou la culture. Plutôt que de refouler aux frontières les immigrés qui s'y présentent, on devrait les remercier de nous avoir choisis plutôt qu'un autre pays. Il ne faut pas croire que les jeunes gens du “Tiers-monde”, les étudiants des pays de l'Est qui émigrent, se dirigent n'importe où : ils choisissent leur pays d'accueil en fonction des opportunités qu'il leur offre. Ils vont là où ils ont les meilleures chances de réussir, là où la société est la plus fluide, la plus attentive aux capacités de chacun. La France que veulent construire tous ceux qui font de l'immigration le problème clef du 21e siècle, est une France tout juste capable de rêver sur son passé. Ils nous proposent une France refermée sur elle-même, bornée, ennuyeuse, une France à la mesure de leurs calculs mesquins de démagogues sans envergure, une France qui regarde l'avenir dans le rétroviseur et encore avec un verre déformant le réel.

 

Si nous voulons que la France cultive sa vitalité, il faut qu'elle s'appuie sur toutes ses forces vives, qu'elle retrouve le goût des grandes ambitions, des novations audacieuses. Notre rayonnement, notre développement seront d'autant plus riches que nous saurons accueillir, nous ouvrir aux autres. Ce sont les pays dont on rêve, où l'on a envie d'habiter, qui font reconnaître de par le monde leurs cultures et leurs capacités économiques ou sociales."

 

Parti Communiste Français

 

 

Texte : http://amitie-entre-les-peuples.org

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