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Notre Dame des Landes : Le peuple (souriant) de boue

11/01/2013 07:00

 

"Très chouette esprit sur le festizad à Notre-Dame-des-Landes ce week-end. Une ambiance très conviviale, décontractée, bon enfant. Beaucoup de bonne humeur devant les glissades dans la boue, des sourires, de la gentillesse, de l’entraide pour aider l’un à sortir de la pataugeoire ou l’autre à traverser un fossé, du troc. Et du respect, sauf quelques exceptions qui en général se voyaient remettre au pas par de bonnes âmes, de la débrouillardise.

 

Car il en fallait du courage et de l’ingéniosité pour transporter le matériel sur le site et monter les chapiteaux, face à un arrêté préfectoral interdisant tout transport de « chapiteaux, tentes et autres structures itinérantes de plein air » vers la zone choisie car n’abritant pas d’espèces protégées. Quatre chapiteaux ont pu être installés sur les sept prévus, mais pas les yourtes et habitats légers destinés à sensibiliser sur l’habitat écologique ou à abriter des stands d’information. La plupart des concerts ont eu lieu, malgré le retard dans la programmation (Keny Arkana était au meilleur de sa forme !). Malgré les difficultés et la polémique générées par le préfet, les organisateurs du festival et l’ACIPA sont satisfaits devant l’affluence et l’esprit du week-end. Car après les infos intox qui ont beaucoup circulé la semaine passée, tentant d’empêcher les festivaliers de se rendre à NDDL, mais sans les arrêter, il y a eu quelques inquiétudes.

 

En général, les forces de l’ordre ont été plutôt compréhensives et conciliantes (voire cordiales) et ont laissé passer les tentes et les festivaliers en voiture jusqu’aux limites de sécurité pour l’évacuation éventuelle de blessés, sans contrôler les identités ni fouiller les véhicules. A l’occasion d’une demande (certes provocante, mais c’était trop tentant) de consultation de l’arrêté préfectoral, un froid capitaine agacé est sorti de son véhicule pour le montrer, mais est resté poli. Un autre « chef » a même cherché sur sa carte le hameau où se situait notre gîte, et nous a rappelés pour nous indiquer sur le plan le meilleur itinéraire pour y accéder. Un jeune garde mobile, qui conversait avec un jeune festivalier, lui a déclaré : « vous savez, nous aussi, on va dans des festivals faire la fête ». Aucune tension particulière n’a été signalée, dans cette lutte pacifique.

 

Rassembler entre 10 000 et 20 000 personnes dans ces marécages (on vous l’avait dit, que c’était une zone humide !) en janvier représentait un pari osé qu’ont gagné dans la bonne humeur les organisateurs et l’ACIPA. Ici règne un esprit de libre entreprise, d’entraide, de solidarité que l’on ne voit pas ailleurs. Pour pallier l’enfouissement des petits petons dans la bouillasse, nombreux sont ceux qui ont suivi l’appel à prendre des branchages et des bottes de foin pour les disperser sur la zone. Ce lundi, il parait qu’on ne compte plus le nombre de bottes enfouies dans la boue sur le terrain. Se déplacer dans des ornières de 30 à 40 cm était très physique (l’auteure, trop timorée, s’est contentée de rester sur le chemin derrière la scène, avec d’autres centaines de festivaliers). Beaucoup devraient venir faire un petit séjour à Notre Espoir des Landes, »carrefour des éveils de conscience », pour prendre des leçons afin d’apprendre à vivre ensemble autrement, en quête d’un bien-être commun et collectif, au sein d’une nature dont nous ne sommes que de petites entités, et qui nous apprend à nous respecter nous mêmes…

 

Quant aux communiqués de la Préfecture, ils nous ont semblé abusifs, voire provocateurs : Patrick Lapouze a déploré « le manque total d’organisation » notamment en terme de parkings. Mais comment mettre en place des parkings sur des zones marécageuses, monsieur le directeur de cabinet ? Et n’êtes-vous pas venu sur place pour voir dans quel état d’esprit les automobilistes se garaient sagement d’un seul côté de la route ? Comment les conducteurs respectaient les consignes responsables données par les zadistes, organisateurs, et les recommandations des forces de l’ordre ? Où étiez vous pour affirmer que le service médical d’urgence était absent ? Il existait réellement sur place, mais était limité à cause des interdictions de transport sur zone. Si l’on doit nommer un responsable quant aux insuffisances de la sécurité sanitaire, c’est bien le préfet qui est pointé du doigt ! Nous autres des Monts d’Arrée, on a aussi beaucoup râlé contre le Valls et sa politique du tout sécuritaire. Mais pour se donner du courage pour marcher sur plusieurs kilomètres, on s’est également dit que les barrages routiers étaient très favorables au confort des randonneurs nocturnes qui ont pu croiser de jolies chouettes effraies ou admirer de magnifiques chênes, et avaient une route libre de toute circulation motorisée pour accéder au site.

 

Cet aéroport ne se fera pas, monsieur Ayrault. Non seulement on n’en veut pas, mais de plus, l’opposition grandit de jour et jour et la révolte gronde. Vous avez reçu une lettre d’un officier pilote de ligne vous démontrant point par point pourquoi « Ce projet est loin de garantir un niveau opérationnel compte tenu de son architecture future déjà dépassée, à la viabilité relevant d’hypothèses hautes sans prise en compte de la technicité et de la fragilité du modèle économique et industriel lié à la spécificité du Transport Aérien, qu’aucun organisme aussi sérieux que l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale ou l’Agence Internationale du Transport Aérien n’aurait osé imaginer. » (l’intégralité de la lettre est sur le site de l’ACIPA)

 

Alors, avant que l’on ne vous déboulonne, dévissez donc de votre ciboulot ce honteux projet d’aéroport inutile, cher, destructeur de bocages, de terres agricoles et de vies paysannes. "

 

Marie Tréanton

 

 

Illustration et texte : http://www.dilhadsul.fr/le-peuple-souriant-de-boue/

Plus d'infos : http://zad.nadir.org - La résistance tient bon !